24 août 2008
Les contributions socialistes sur l'Europe : l'Europe comme médiation à la mondialisation libérale
L'Europe comme médiation à la mondialisation libérale fait partie des sujets les plus débattus au sein des contributions certainement parce que l'Europe reste l'échelon logique pour lutter contre les autres grands ensemble régionnaux que sont l'Amérique du Nord, l'Asie du Sud-Est, la Russie, le Moyen-Orient. Suivant le constat des Socialistes sur l'Europe, il est logique qu'ils désirent utiliser l'Europe comme médiation à l'Europe libérale.
Bien entendu, la dénonciation de l'Europe libérale est un pré-requis pour les Socialistes. Je me reconnais pleinement dans la dénonciation qu'énonce la Contribution Une vision pour espérer, une volonté pour transformer de Martine Aubry : "nous ne nous reconnaissons pas dans une Europe qui accompagne le libéralisme au lieu de le réguler, qui ne protège plus contre les dérives de la mondialisation et les excès du marché, qui laisse gérer l’euro sur de seuls objectifs financiers et non au service de la croissance et de l’emploi." Pascal Jacquemin premier signaitaire de la contribution Pour un socialisme du XXIe siècle en France estime qu''il importe de toujours refuser la marchandisation généralisée : celle de l’éducation, de la santé, de la culture, de la justice, des loisirs". De son côté, Jean-Luc Mélenchon explique de façon très détaillée dans sa contribution Réinventer la gauche défendue sur ce blog par Jérôme Charge son refus de l'Europe américaine. Il explique en effet que "La gauche démocrate en Europe s’est en effet engagée, en accord avec la droite européenne, dans la construction d’un futur « grand marché transatlantique »."
Dès lors, l'Europe doit être la médiation contre la mondialisation. Martine Aubry estime que "l’Etat doit se projeter de plus en plus au-delà des frontières nationales pour penser la sécurité et l’avenir de la société. Plus il est informé de ce qui se dit et fait dans le monde, plus il est en mesure d’anticiper les choix qu’il sera amené à faire. Pour la France, ce cadre, c’est d’abord l’Europe, mais l’Europe comme médiation de la mondialisation." Pierre Moscovici estime que "L’Europe est pour nous l’espace nécessaire à la régulation dans la mondialisation."
François Hollande désire que l'Europe "s'affirme dans la mondialisation et défende son modèle, en refusant dans le cadre des négociations –notamment au sein de l’O.M.C- la logique d’ouverture des marchés sans qu’aucune contrepartie sociale ou environnementale ne soit demandée à l’ensemble des acteurs." Ce qui rejoint l'analyse de Pierre Larouturou premier signataire de la contribution Urgence sociale qui pose la question de savoir si "l’Europe peut-elle se protéger ?" Sa réponse est clairement oui. "Nous avons le droit et le devoir de protéger notre modèle social et nos normes environnementales face à un pays-continent qui ne les respecte absolument pas. En négociant des Montants compensatoires avec la Chine, nous chercherons, non pas à casser sa croissance (ce que ferait une politique bêtement protectionniste) mais à inciter et aider les dirigeants chinois à changer de modèle de croissance : au lieu de miser essentiellement sur les exportations et sur l’investissement, il faut (au moins le temps d’une transition) que la croissance chinoise soit tirée par la consommation intérieure, ce qui suppose d’augmenter les salaires, de créer un système de Sécurité sociale, de développer le système éducatif et les programmes de sauvegarde de l’environnement." Et il va plus loin ! Si "d’ici 5 ans, si la Chine ne respecte pas les normes sociales du BIT, si elle ne respecte pas les normes environnementales internationales, si elle continue à sous-évaluer sa monnaie, les produits importés de Chine seront taxés aux frontières de l’Europe." Laurent Fabius semble dans la même optique car "en matière de politique commerciale, il est vital que l’Union se donne pour objectif de rééquilibrer les conditions de concurrence entre les producteurs des pays émergents et les producteurs européens. Des mécanismes peuvent être utilisés pour diminuer la pression qui pèse sur nos industries et leur permettre de se moderniser sans pour autant menacer la croissance des pays en développement."
Pour Pascal Jacquemin, l'Europe doit "réglementer les OPA pour interdire la précarisation des salariés et taxer différentiellement en fonction des fonds réinvestis." Géraud Guibert signataire de Pour socialisme écologique l'Europe doit trouver les mécanismes visant à "réduire la spéculation sur les matières premières agricoles." Gérard Filoche estime que l'Europe est le bon niveau pour résoudre le problème de la financiarisation et "de la dictature des agences de notations par une réglementation française, européenne qui serve de point d’appui au niveau international" en mettant au point des agences de cotation européennes. Marie-Noëlle Lienemann estime que l'Europe doit aider dans "une intervention volontariste au sein des instances mondiales pour imposer des taxations sociales et environnementales dans les échanges mondiaux." Ce que Bertrand Delanoë remarque en expliquant que l'Europe doit devenir "le pôle de régulation mondiale des marchés financiers (les agences de cotation, les fonds spéculatifs), de la transparence des paradis fiscaux et du combat contre l'argent sale qui finance tous les crimes internationaux, de la traite des êtres humains au trafic de drogue et au terrorisme." et "protège ses intérêts économiques fondamentaux en se dotant des instruments juridiques nécessaires." Marylise Lebranchu est tombe ainsi d'accord avec le maire de Paris et espère que l'Europe "relance la lutte contre le blanchiment d’argent, les paradis fiscaux et les réseaux financiers mafieux, par une réelle coordination des justices nationales et une vraie transparence du monde bancaire."
Si utiliser l'Europe comme médiation à la mondialisation permet de s'opposer au dégats qu'ils engendrent, les Socialistes n'oublient pas d'utiliser l'arme économique aussi pour se protéger avec la mise en place de fonds souverains européens comme Martine Aubry qui souhaite "un fonds européen commun d’action conjoncturelle pour soutenir les Etats membres les plus touchés par un choc économique externe spécifique." tandis que d'autres estiment que le fonds souverain doit rester français comme Marie-Noëlle Lienemann, Laurent Fabius, Benoit Hamon fondé à partir de la Caisse des dépôts et consignations. D'autres contributions mettent en garde contre les dangers des fonds souverains nationaux et appellent à leur réglementation comme Géraud Guibert pour "promouvoir au plan international un cadre réglementaire introduisant dans la gouvernance des fonds souverains des critères sociaux et environnementaux communs appuyés sur des modalités de contrôle mondial."
Commentaires
on voit bien que tous chargent la mule de l'Europe, et la charge de faire ce qu'ils ne peuvent pas faire. Encore une fois, en lui confiant une mission impossible, il vont transformer cette construction de formidable, à détestable.
La mission première de la gauche est d'abolir autant que possible toute les apparitions de la loi du plus fort.
La lutte syndical a permis l'édification d'une ligne Maginot contre le patronnat, alors le plus fort. Aujourd'hui cette ligne maginot ne retient presque plus rien, tant il est facile de la contourner : cette ligne s'arrête aux frontières de la France, passer des produits par la chine, ou le maroc est très facile.
Il reste malheureusement un domaine où la loi du plus fort s'applique encore : l'économie mondiale. La création de richesse est sous l'éteignoir du fait de grandes entreprises qui bloquent toute concurrence par des procédés étatiques ( comités de normalisations, brevets, ...).
Le rôle de l'état, en tant que détenteur du monopole de la plus-fort-ise, devrait casser ces pratiques : laissant libre cours à une compétition créatrices de richesse (on verra ce qu'on en fait de cette richesse après, mais comme l'a dit DSK,sans croissance, i.e. sans création de richesse, y a pas de modèle social qui tienne).
Or on voit mal l'état sanctionner France Télécom, ou EDF, ou Total, ou tout autre grosse entreprise française. En effet, l'état français, en soutenant son industrie a perdu le "monopole" de la violence, et il est en compétition avec les autres états derrière les autres grosses entreprises.
Un état de la taille de la France dans la compétition mondiale, c'est l'assurance qu'il va devoir défendre les "fleurons" de son industrie (comme on dit) au détriment de l'enrichissement global, et donc de tout modèle social. Pas de richesse, pas de redistribution de richesse.
Il faut savoir abandonner cette souveraineté nationale de pacotille, pour atteindre une taille critique qui permettra en même temps d'avoir la taille nécessaire pour sanctionner les "grosses" entreprises qui s'accaparent la création de richesse (à l'échelle Européenne on peut casser un ou deux géants des télécoms, ça détruit pas tout un tissus industriel, au contraire).
Le modèle socialiste marche avec un état-nation fort, plus fort que les entreprises. La France est trop petit dans ce monde là, et nous devons céder notre souveraineté pour avoir la bonne taille.
Oui, il est certain que cela se fera au prix d'un recul des conditions de travail, cela passera par une homogénéisation de celle-ci avec certainement un nivèlement par le bas.
Mais dans une guerre de mouvement il faut savoir reculer. Le patronnat, en général ne se prive pas de faire des incursions en Roumanie, Maroc, Chine, il n'y a que les syndicats, attaché par les lois NATIONALES qui n'ont d'autre solutions que de creuser des tranchés !
"Le fonds souverains doit rester français" la preuve qu'ils n'ont rien compris, comme les vieux maréchaux qui ne croyaient pas à la blitzkrig.
En résumé : retrouver un état-nation suffisament fort pour casser les giganto-entreprises qui étouffe la création de richesse, et pèse dans les décision de l'état (surtout sous un gouvernement de droite).
Voilà la seule mission de l'Europe, un nouvel état-nation vraiment fort, alors, et alors seulement on pourra recommencer à construire une société plus juste, à l'ombre de cet état nation fort.
Tout autre discours sur la souveraineté nationale se rend complice des méfaits qu'un état bientôt plus faible que les giganto-entreprises fait peser sur sa population
(en tout cas merci pour ces synthèses, et toutes mes excuses pour ce long post)
L'harmonisation fiscale et sociale fera l'objet d'un autre article plus tard (demain normalement). Mais je ne suis pas certain qu'il faille reculer pour mieux sauter. Certainement faudra-t-il faire du surplace pour mieux sauter... Nous verrons bien si un jour cette harmonisation sociale se met en œuvre.
Pour ce qui est des fonds souverains, je pense aussi que la bonne taille est l'Europe et non pas la Nation. C'est illogique de vouloir absolument rester franco-français lorsque la taille critique impose d'être européen. Il y a déjà eu ce type de problème lors de la fusion Suez-GDF (NDR : GDF était convoité par l'italien Enel et le gouvernement français a refusé cette possibilité, rendez-vous compte des Italiens!).
L'Europe sera le principal débat du début de l'année 2009 avec, en perspective, l'élection européenne. Le peuple français s'immiscera dans les débats politiques. Et ce sujet n'est pas anodin. La commission européenne est à l'origine des toutes les lois européennes, pouvoir qui représente in fine 80% des lois votées à l'assemblée nationale française.
Mais surtout nous devons avoir à l'esprit un fait majeur : le peuple a rejeté au cours d'un référendum en 2005 le dernier traité européen qu'il a eu à discuter. Etrangement, peu de contributions prennent la mesure de ce refus populaire, fortement exprimé par les couches les plus modestes (80% des ouvriers et 70% des employés). Une opinion aussi majoritairement de gauche.
Une large partie du peuple, la plus politisée (et donc celle qui sert de relai dans l'opinion) n'a pas apprécié la manoeuvre de Sarkozy sur le traité de Lisbonne, mais aussi l'attitude désastreuse de beaucoup de députés et de sénateurs socialistes, favorables au texte, lors de la modification de la constitution française à Versailles. Le peuple a bien vu qu'au moment d'agir trop peu de socialistes, ceux de l'aile gauche d'alors en fait, agissaient clairement pour un référendum alors que les autres se perdaient en contorsion.
Depuis le TCE, la France a donc ratifié le traité de Lisbonne. Combien de contributions le déclarent mort depuis le rejet du peuple irlandais ? Cette question sera l'une des plus importante pourtant pour le peuple français. Le PS doit-il s'aligner sur la position du 1er secrétaire du PSE demandant aux irlandais de revoter le texte jusqu'à ce que la réponse soit conforme à la volonté des élites ? J'ai peur, là encore, que la majorité du PS choisissent la pente dangereuse car beaucoup au PS appellent à un programme commun avec le PSE, à tout prix.
Certains appellent à la construction de l'Europe par la preuve, rappelant les mots de notre adversaire au passage. Sans aucun doute, nous sommes modernes sur le coup... Aubry parle d'une bibliothèque regroupant les diverses cultures européennes. Il n'y a pas dire, en voilà une belle idée à la hauteur de l'enjeu et des attentes de nos concitoyens...
J'entends le doux refrain d'une UE capable de réguler, enfin le capitalisme. Ah, le doux souhait des textes de congrès. Et pourtant, cela n'empêche pas la majorité du PS de se prononcer pour les 2 derniers traités européens, des traités orchestrant la dérégulation des diverses lois. Rappelons que le TCE et le traité de Lisbonne rappelle que l'UE travaille à la suppression de toutes contraintes sur les mouvements de capitaux, de toutes barrières douanières et autres vis-à-vis de l'extérieur. En somme, pour lutter contre la dérégulation, il faut accepter des textes qui l'encourage.
Le débat sur le grand marché transatlantique me parait aussi fondamental. Il ne s'agit d'un petit projet, pour faire l'UE par la preuve mais d'une perspective donnée à la construction européenne. Doit-on donner corps à la théorie du "choc des civilisations" en créant des institutions pour matérialiser "l'occident" ? Pense-t-on sincèrement régler les problèmes démocratiques des institutions européennes si nous laissons se créer des institutions transatlantiques ?
Je constate, pour le moment, un silence assourdissant. Rappelons-nous que Jospin avait refusé le projet, désormais défendu par les "sociaux démocrates" européens. Les euro-députés socialistes français choisissent désormais l'abstention comme seule réponse. Que le congrès tranche notre position.

