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08 juin 2009

Quelles conclusions tirer des élections européennes?

Le Parti Socialiste arrive à un peu moins de 17% des voix aux élections Européennes et arrivent deuxième loin derrière l'UMP qui atteint les 28%. Europe Ecologie, association hétéroclite de la droite écologiste d'Hulot à l'extrême gauche de Bové en passant par les Verts fait le score le plus significatif à un peu plus de 16%. Le Modem est totalement dépassé avec 8,5% des suffrages. Quel bilan doit-on tirer de ces conclusions?

Nicolas Sarkozy limite la casse
Avec une perte de seulement 2 points par rapport aux présidentielles, Nicolas Sarkozy et l'UMP limite la casse. Son gouvernement réussit le tour de force de ne pas perdre son électorat malgré la crise, les affres de son gouvernement et surtout l'incapacité de la Droite de proposer un projet de société européen. Le bilan que nous devons en tirer est que Nicolas Sarkozy a réellement réussi son pari. En anihilant les débats, en refusant la confrontation avec la gauche, l'UMP n'a pas eu à entrer dans la campagne. C'est donc uniquement la base de droite qui a voté pour l'UMP. Une base à 28%.

François Bayrou, la fin de l'utopie centriste
Le Modem mené par François Bayrou a réussi à montrer sa force. Sans le Nouveau Centre, sans la présidentialisation du scrutin et sans Quitterie Delmas, Bayrou et le Modem fait pire que l'UDF et que Bayrou en 2007 (10 points de moins). La faute à qui? La faute à quoi? C'est principalement la faute de Bayrou. Sa paranoïa (les sondeurs mentent en gros) et son agressivité envers Cohn-Bendit (Vous défendez la pédophilie en gros) ont fait fuir les électeurs centristes. Où ont-ils fui? Et bien les électeurs de Bayrou ont paradoxalement fui chez celui qu'il tapait : Daniel Cohn-Bendit.

Daniel Cohn-Bendit ou l'heureux hasard
Certains pourront dire que c'est de la mauvaise foi. Et pourtant, le score de Cohn-Bendit tient de l'hasard. Chance pour lui d'avoir rencontré sur son chemin Bayrou cité plus haut. L'énervement de Bayrou face à Cohn-Bendit qui tient autant de la saine colère de Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy lors du débat du 2nd tour des présidentielles de 2007 que de l'apparition que de sa véritable nature de droite a fait basculer des centristes sur les Verts. Lors du sondage 48H avant les élections, les Verts étaient entre 11% et 15,5% tandis que le Modem était entre 11% et 14%. Les vases communiquants ont fortement fonctionné entre ces deux formations. Mais ceci n'explique pas qu'Europe Ecologie était crédité de 11% à 15,5%. Cette poussée écologiste ne peut s'expliquer que parce que les Verts étaient les seuls avec les Socialistes à avoir un programme européen mais ont été les seuls à faire campagne sur l'Europe. Mais ça, c'est le cadre du paragraphe suivant.

Martine Aubry ou la non-campagne
Les Socialistes n'ont pas fait campagne. Et pourtant, nous avions tout pour réussir. Du programme commun avec l'ensemble des partis socialistes européens à l'équilibre entre les différentes sensibilités du Parti Socialiste, le PS avait toutes les cartes en main pour faire une campagne européenne. Pourtant rien ne s'est passé de façon optimale. D'abord parce que si nous avions un programme commun, nous n'avions pas de candidats communs. Certains socialistes européens étaient contents du travail du néo-conservateur Barroso. Problème. Comment soutenir le candidat de la Droite quand on souhaite politiser les débats? Cette question a stop_barrosopourri notre campagne sur le programme. Un autre écueil est venu du Parti Socialiste Français lui-même. Lors de la Convention Nationale du Parti Socialiste français entérinant les listes des Européennes, nous avons eu la présentation des candidats et les premiers discours sur l'Europe qui donneraient le ton de la campagne. Et je dois dire que si je n'ai pas retransmis ces discours, c'est qu'il y avait quelque chose qui me génait. On ne fait pas campagne contre. Quand le directeur de campagne du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, appelle à voter contre Barroso, Berlusconi et Sarkozy, c'est que nous avons un grave problème politique. S'opposer à une politique conservatrice c'est utile mais comment peut-on mettre ça en premier lieu avant toute proposition positive? La campagne ne pouvait commencer plus mal finalement. Et la suite n'en donna que trop raison. Qui finalement a pris la décision politique de mettre l'anti-barrosisme en avant? Martine Aubry? François Lamy? Harlem Désir? Jean-Christophe Cambadélis? D'autres? Qui que ce soit la décision de faire campagne contre a été contre-productif. Et cette personne doit prendre les devant et présenter sa démission. Pour ma part, je crains que ce soit Jean-Christophe Cambadélis. J'avais déjà trouvé son arrivée à la tête du Secrétariat National à l'Europe et aux Relations Internationales étonnante. N'ayant aucune expérience en la matière, son arrivée ressemblait plus à un pied de nez mesquin envers l'ancien secrétaire national Pierre Moscovici. Une erreur de casting? Peut-être. En tout cas une chose est claire. Je ne milite pas contre et j'ai boudé la campagne européenne. C'était impossible pour moi de faire une campagne contre. Vraiment, c'était hors de mes capacités.

Autre point à mettre aussi au discrédit du Parti Socialiste est sa communication finale. Avez-vous le bulletin de vote du PS? Noir et blanc bordel! Un putain de noir et blanc illisible caché entre le Vert pétant d'Europe Ecologie et l'orange flamboyant du Modem! Mais putain! Les électeurs l'ont cherché ce putain de bulletin mais ils ne l'ont pas vu! Il était illisible! Tout simplement! Le poing et la rose? Mais elle n'y était même pas! Il était triste, dégueulasse, pas sexy! Ca donnait vraiment pas envie. Comme un message subliminal : NE VO-TEZ PAS POUR NOUS! Les Français l'ont compris et ils ont pris le bulletin Vert.

Enfin dernier point que je n'ai pas vécu. Certains camarades ont fait remonté un peu partout que certains socialistes dans certaines circonscriptions n'ont pas milité pour le Parti Socialiste mais pour Europe Ecologie. Je n'ai pas vu ce type de comportement. Par contre sur Twitter, j'ai lu des "socialistes" être rempli de joie de la défaite socialiste. Chose étrange, ils sont tous des soutiens indéfectibles de Ségolène Royal...Quand tu veux abattre ton chien, dis qu'il a la rage...

Et le gagnant est... l'abstention!
Et oui, le grand gagnant c'est l'abstention. Les Français comme les Européens se foutent totalement de l'Europe telle qu'elle existe aujourd'hui. Une Europe éloignée, trop bureaucratique, peu sexy par rapport aux Français ont fait de ce scrutin un appel. Lors du traité constituant européen, la participation était présent. Donc lorsque les Européens savent qu'ils ont le pouvoir de changer les choses, les Européens participent. La nature présidentialiste de la France peut-il expliquer aussi la défiance des Français envers le pouvoir des députés européens?

Beaucoup de questions au final mais une chose est sûre. Le bilan est mauvais.

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Posté par abadinte à 08:49 - Europe - Permalien [#]
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