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04 novembre 2009

[Critique de film] Capitalism : a love story

Avant de commencer cet article, je tiens à prévenir en préambule que je ne suis pas critique de film, j'ai été invité à la projection de l'avant-première sans être rémunéré (si on considère qu'être invité à une avant-première n'est pas une rémunération). Donc, je serai absolument sincère.

Commençons par la conclusion pour ne pas gâcher ceux qui souhaiteraient ne pas se faire dévoiler une partie du film. Ca vaut la peine de mettre 10€ pour voir le dernier film de Michael Moore Capitalism : a love story. Capitalism : a love story reprend les ficelles que Michael Moore utilise depuis son premier film Roger et moi. C'est la pérégrination d'un homme à travers l'Amérique qui va découvrir de nombreux tableaux d'une société qui subit les conséquences d'une même cause : de la fermeture d'usine dans Roger et moi, à l'utilisation des armes à feu dans Bowling for Columbine en passant par George W. Bush himself dans Farenheit 9/11. Dans ce film, Michael Moore s'attaque à une idée autour de laquelle il a beaucoup louvoyé et qu'il considèrerait presque comme la mère de toutes les causes : le capitalisme.

obama_socialism

Et si Michael Moore n'a pas attaqué de front cette idée avant, c'est que le capitalisme aux Etats-Unis est considéré comme une valeur. Il est toujours difficile de faire le procès d'une valeur fondatrice de l'identité de sa nation. Celui qui attaque le capitalisme se verra obligatoirement taxé de communiste là-bas. La guerre froide a laissé des traces au pays de la Liberté. Est-il nécessaire de rappeler que Barack Obama aussi s'est fait taxé de communiste. Oui, aux Etats-Unis, "socialism" veut dire communiste. Un peu comme si vos aïeux traitaient de bolchevick, le suppôt de Staline, Trotsky, Lenine ou Brejnev. Rendez-vous compte que Barack Obama, ce mécréant, ne veut que proposer une assurance santé moins chère que ce que le marché privé américain propose aujourd'hui. Vraiment honteux! Casseur de marché! Casseur de rêve du marché dont les prix augmentent, augmentent, augmentent! Pour le bien-être des actionnaires avides, égoïstes et amoraux. Et ce que Michael Moore souhaite éviter à tout prix, c'est de retomber dans la critique basique et stérile qui l'a englué lors des documentaires précédents. Et donc en plus de critiquer le capitalisme américain ce qu'il aurait fait dans ses précédents films, il oppose à cette vision une valeur : la démocratie.

Pour un Européen et qui plus est un français, on s'y perd. Ce n'est pas le moindre des défauts de Michael Moore. En effet, comment opposer capitalisme et démocratie? Le capitalisme est un des systèmes régissant l'économie tandis que la démocratie régit la politique. On se pose des questions sur la santé mentale de Michael Moore. Ou tout simplement, il faudrait traduire de l'anglo-américain au français. En regardant le film et en ayant une connaissance succincte de la science économique américaine, la réponse se trouve tout simplement dans le vocabulaire utilisé ici. Les Etats-Unis ne distinguent pas le capitalisme soit l'économie de marché fondé sur le capital qui s'oppose au communisme et le libéralisme soit l'économie de marché fondé sur la circulation sans entrave du capital.* En d'autres mots, le libéralisme est un capitalisme, le capitalisme n'est pas toujours le libéralisme sauf qu'aux Etats-Unis, ils se confondent. Continuons l'analogie, Michael Moore ne fait pas une critique du capitalisme mais du libéralisme. Et pour preuve dans le film Capitalism: a love story, Michael Moore fait l'éloge d'une forme de capitalisme : les coopératives (ça va faire plaisir à une certaine femme politique française qui a perdu les élections en 2007). Soyez rassurés, preuve est faite que Michael Moore n'est pas communiste.

Alors que doit-on penser du film Capitalism: a love story? D'abord Michael Moore n'est pas un fou révolutionnaire qui veut la peau des capitalistes et les pendre avec leurs entrailles. Il mène une guerre pour faire évoluer les mentalités des Américains en leur montrant les pires vicissitudes du modèle économique qu'ils ont choisi : de l'amoralité religieuse à la corruption institutionnalisée en passant par le business de la mort. Pour cela, il tourne différentes scènes des témoignages de la crise du libéralisme montrant les gagnants et les perdants. Si vous souhaitez en savoir plus là-dessus allez chez Dagrouik mais attention spoiler! Réussit-il? Je pense qu'il construit mieux son film que les précédents (et c'est déjà un petit miracle!). Les convaincra-t-il? En tout cas il met Dieu de son côté, certainement le meilleur allié de Michael Moore dans le pays du libéralisme où paradoxalement croire dans les forces occultes de la foi sont indispensables pour réussir. Et il met le paquet sur les bondieuseries. C'est le moment longuet du film. Que faut-il en retenir? Que le monde aurait pu changer si Roosevelt avait été au bout de la deuxième Bill Of Rights qu'il avait lancé dans son discours à la Nation de 1944. Malheureusement, il mourut avant d'aller au bout et cet appel à un deuxième Bill Of Rights et l'affaire fut oublié de l'Histoire.

Alors pour vous faire patienter pendant les trois prochaines semaines avant la sortie du film le 25 novembre, je vous propose de jouer à un jeu où l'objectif est de perdre le plus d'argent à l'administration publique.

*je simplifie car ce n'est pas vraiment le but aujourd'hui de parler d'économie libérale.

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Posté par abadinte à 10:13 - Fourre-tout - Permalien [#]
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