Blog d'un jeune social-démocrate ouvert sur le monde

Blog d'un social-démocrate vivant à Paris.

23 novembre 2009

Pourquoi Vincent Peillon et Ségolène Royal ont-ils deterré la hache de guerre?

Je sais que beaucoup diront que je suis de très loin peu et mal placé pour parler de cette affaire. Au contraire, mon statut de socialiste en dehors du courant de Ségolène Royal et Vincent Peillon me donne la possibilité d'être un analyste extérieur connaissant les histoires de ce courant sans en être acteur.

On a beaucoup parlé toute la semaine dernière de l'affaire opposant Vincent Peillon et Ségolène Royal. Vous trouverez d'ailleurs chez PMA une perle de Pearltrees retraçant l'histoire sur les blogs de cette affaire. Sinon, je peux vous conseiller lire l'article de Romain Pigenel revenant en 7 points sur la séquence que nous venons de vivre.

Légitimité à 'EAG : Royal vs Peillon

Cette affaire peut sembler bien obscure aux citoyens qui ne suivent la politique que de très loin. Mais il est important d'essayer de comprendre ce qui s'est passé. Et c'est ce que je vais tenter de faire ici. D'abord, résumons l'affaire. Ségolène Royal s'est invitée à un colloque -ils appellent ça université d'été même si on est en novembre- sur l'éducation organisé par le courant socialiste Espoir à Gauche. Cet événement a mis en colère l'organisateur de l'événement qui souhaitait une réflexion sur le fond sans les "présidentiables" des formations politiques invités (PCF, Verts, Modem et Socialistes). Qu'est-ce qu'Espoir à Gauche? C'est le courant qui découle de la motion portée par Gérard Collomb, premier signataire de la motion E dont les figures de proue sont Vincent Peillon et Ségolène Royal (et d'autres). Au Parti Socialiste, celui qui dirige le courant est en toute logique le premier signataire. La motion A est dirigée par Bertrand Delanoë, la motion C par Benoit Hamon, la motion D par Martine Aubry. Pour la motion E, Gérard Collomb n'ayant pas voulu diriger le courant c'était donc au deuxième de la liste de prendre en charge le courant soit Vincent Peillon. Vous vous doutez bien qu'un vote a eu lieu afin d'établir démocratiquement le leader à la tête de son courant. Ce sont généralement des votes d'adoubement sans opposition. Et donc un accord entre les leaders... Notez d'ailleurs que les courants sont plus ou moins bien structurés. Comme Vincent Peillon, Benoit Hamon a un courant structuré tandis que Bertrand Delanoë et Martine Aubry n'ont pas structuré leur courant.

Avant de revenir à l'histoire qui nous intéresse, je vous propose un retour sur le Congrès de Reims. Sur le flux d'information de 20 minutes en direct du Congrès de Reims, nous pouvons lire ceci :

"17h36: Aubry rejette les conditions de Royal
Les trois raisons. "Pas de cohérence globale", "nous voulons
garder un parti de militants", "le Modem ne porte pas un projet de société
compatible avec le nôtre". Elle rejette la proposition de Royal de referendum
sur le Modem, jugeant que c'est "au bureau national et au conseil national"
de trancher cela. Elle a rappelé qu'elle a conclu un accord avec le Modem
à Lille sur la foi des trois conditions posées par François Hollande."

L'alliance avec le Modem était donc l'un des grands clivages entre Socialistes. Aubry, Delanoë et Hamon étant contre, la motion de Collomb, Royal, Peillon était pour. Cette tendance de ce courant est primordial dans la compréhension de ce qui suit. Ayant perdu le congrès avec les complications que nous connaissons, le courant Espoir à Gauche a voulu continuer à mettre en place son idée en s'ouvrant à l'ensemble des "Progressistes" des Communistes au Modem.

Il y avait eu le premier rendez-vous d'Espoir à Gauche quelques jours avant l'Université d'été de la Rochelle à Marseille. Et il y avait eu cette prise de vue reprise sur toutes les chaînes françaises de Vincent Peillon marchant entouré de Marielle de Sarnez (Modem), Robert Hue (PCF), Daniel Cohn Bendit (Europe Ecologie) et Christiane Taubira (PRG). De quoi avaient-ils discuté? De la stratégie d'alliance. Ségolène Royal, invitée, avait refusé d'y aller pour des raisons qui lui sont propres.

Puis il y a eu le second sur l'Education à Dijon qui continue de faire tant de bruit sur tout sauf l'Education. Le fond fut dissout dans les méandres de la polémique. Ségolène Royal est venue sans être invitée et Vincent Peillon en charge de l'organisation s'est fâché tout rouge. Pourquoi? Parce que l'équilibre précaire de ses rencontres doivent aussi au fait de ne pas transformer ces rencontres en meeting pour tel ou tel candidat à la présidentielle de 2012. Bref, travailler en paix loin des tensions que peuvent entraîner les égos des candidats à la candidature suprême que ce soient Manuel Valls, François Bayrou ou Ségolène Royal. Certains hurleront au fait que Manuel Valls, candidat, était invité à s'exprimer sur l'Education à Dijon. Certes, mais Manuel Valls n'est pas venu à Dijon. Vincent Peillon l'a décommandé. Ainsi tandis que Vincent Peillon travaille à la victoire de la gauche ou du moins à une refondation des alliances telle qu'il la conçoit (il n'est pas lieu ici de polémiquer sur la pertinence de cette alliance) loin des présidentiables déclarés, Ségolène Royal candidate vient faire son show, renverser la table, hurler à la trahison et foutre en l'air le travail de Vincent Peillon. Voilà de quoi mettre en rogne le plus rationnel des philosophes socialistes. Et c'est ainsi que Peillon a piqué sa colère qui rentrera dans les annales. Avait-il raison? Avait-il tort? Si quelqu'un avait détruit un travail que j'avais mis un an à construire, je me serais mis en rogne. Qui ne l'aurait pas été? Vincent Peillon avait raison de se mettre en colère contre Ségolène Royal. Jusqu'à dire que son comportement relève de la psychologie lourde?

Il faut revenir en arrière pour comprendre cette phrase. Ségolène Royal, mécontente de voir Peillon lui refuser l'accès à la tribune, demande comme mesure de rétorsion la démission de Vincent Peillon à la tête du courant l'Espoir à Gauche et son remplacement par une troïka composée de Jean-Louis Bianco, Gaëtan Gorce et Najat Vallaud-Belkacem. Or, Ségolène Royal n'a aucun pouvoir sur la direction du courant ne faisant pas parti de l'animation du courant à la tête duquel nous retrouvons Vincent Peillon. Et ce ne sont qu'eux qui peuvent décider de changer de tête ou pas. Alors son comportement relève-t-il de la psychologie lourde? Certainement que le terme utilisé est excessif. Mais que devons nous penser d'une personne qui décide d'un changement de la tête d'un comité de direction sans en faire partie? Ça en dit long sur la psychologie de la personne. Non? Et ça en dit aussi long sur la façon dont elle considère les autres : des clowns.

Après avoir écrit cet article, j'ai mon idée à la question première. Vincent Peillon n'a fait que se défendre devant une Ségolène Royal qui a mis son égo avant l'intérêt général de son courant soit démontrer la possibilité d'allier les communistes au modem en passant par les écologistes et les socialistes. Je vous conseille de lire l'édito de Vincent Peillon et François Rebsamen que les militants d'Espoir à Gauche auront reçu aujourd'hui. L'ayant lu après avoir rédigé cet article, je le trouve assez proche des réflexions que je viens de faire.

N.B. : Vincent Peillon a démenti avoir déclaré que le comportement de Ségolène Royal relevait de la psychologie lourde sur France Inter. De plus, j'ai retravaillé certaines phrases qui étaient -comment dire- peu compréhensibles. Bonne lecture.

 

Posté par abadinte à 11:11 - Parti Socialiste - Commentaires [19] - Permalien [#]
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Commentaires

Quel boulet !

Posté par sangaku, 23 novembre 2009 à 14:16

Ben, j'ai reçu l'invitation pour Dijon, c'était bien EAG la puissance invitante.
Depuis quand une réunion organisée par le PS est fermée à certains militants PS ?
Le rassemblement, j'ai découvert ça le dimanche, avec la désagréable impression d'avoir été instrumentalisée.
Ce que je vois, c'est que SR, co-fondatrice d'EAG, s'est désintéressée du courant (bon, on sait qu'elle a horreur des courants...), ce qui a été une grosse faute politique. Elle essaye de rattrapper le coup quand elle voit que VP en a fait "sa chose", mais à mon humble avis c'est trop tard.
Sur ce, VP pète les plombs avec "psychiatrie lourde" et "cassage de gueule".
Résultats des courses : ça me confirme dans mon idée que les courants sont mortifères pour le PS, et d'autant plus maintenant qu'ils ne sont plus que des écuries présidentielles !
Sinon, sangaku, tu sais qu'un boulet ça peut s'exploser au 357 Magnum ? Plus de boulet, la voie est libre et le PS gagne haut la main en 2012 !!!!

Posté par estelle92, 23 novembre 2009 à 17:17

juger sur le fond

La faute à qui,mes amis ?
Est-ce la faute de S Royal si elle a un temps d'avance ?

L'éducation est au coeur de son projet pour la France :se souvenir du passage poignant de son discours de Villepinte au sujet des enfants les moins favorisés :hiérarques PS interloqués ou hostiles.

L'alliance de toute la gauche avec le modem proclamée en actes en pleine présidentielles :hostilité d'un côté,frilosité de l'autre,Sarkozy à l'arrivée.

Quoi de plus naturel alors d'aller à la rencontre de ceux qui essaient de faire ce qu'elle dit ? Dire pour faire.

Posté par cheval, 23 novembre 2009 à 18:08

Estelle92,
La lettre de mission de Vincent Peillon c'était pas de présidentiable pour ne pas brouiller les discours. Or de François Bayrou à Manuel Valls en passant par Ségolène Royal, ils se sont tous déclarés présidentiables et ont tous été déclaré persona non grata.

Ha et au fait, Ségolène Royal n'est pas cofondatrice de EAG. Elle ne fait pas partie du bureau politique du courant. Elle n'est qu'une signataire comme une autre...

Pour ce qui est de la psychiatrie lourde, je te conseille d'écouter l'interview de Vincent Peillon ce matin. http://www.dailymotion.com/video/xb8qvi_vincent-peillon-france-inter_news

Posté par abadinte, 23 novembre 2009 à 18:11

Je jette l'éponge, Abadinte. Va plutôt voir ce qu'a écrit Gabale. J'y souscris pleinement.

Posté par estelle92, 24 novembre 2009 à 04:55

Je jette l'éponge, Abadinte. Va plutôt voir ce qu'a écrit Gabale. J'y souscris pleinement.

Posté par estelle92, 24 novembre 2009 à 04:55

Estelle92, je pense que tu parles de ce que Gabale a écrit dans leftblog. En un mot comme en 100, c'est de la grosse merde. On sent le ségolatre flétri qui est en service commandé.
Gabale part du principe que Peillon veut capter le courant EAG à son profit. Il n'en est rien. Royal lui a donné la gestion du courant. Ce courant est désormais le sien. Gabale annonce que Peillon est prévenant avec les autres présidentiables et insultants avec les autres. Royal est la seule présidentiable à avoir ramené sa fraise à Dijon ce qui a cassé l'accord de principe avec les membres des autres partis.
Gabale nous annonce que Rebsamen a laché Royal et Peillon pour Hollande. En fait la motion E est l'alliance de la carpe et du lapin?
J'adore aussi le passage sur les "journalistes" en service commandé par Ségolène Royal rencontrant souvent ses lieutenants dont François Rebsamen dans un objectif de salir la réputation des Socialistes ayant gagné le congrès. Peut-être devriez-vous vous pencher sur la commission de récollement qui ne s'est pas penché sur les cas litigieux des Bouches du Rhône et du Languedoc Roussillon. Les amis de Ségolène Royal ont demandé à arrêter le massacre avant la fin... Méditez là-dessus.
Voilà pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, ça se passe par là : http://leftblogs.info/?p=2696

Posté par abadinte, 24 novembre 2009 à 09:26

Ah, je comprends mieux ! EAG, en quelques mois, est devenu la "chose" de Vincent Peillon !!!
Continuez comme ça les gars, et quand vous verrez à nouveau les classes populaires et les jeunes de banlieue se désintéresser des présidentielles, revenez lui demander de vous soutenir, comme aux législatives et aux municipales et j'espère qu'elle vous crachera à la gueule !!!
PS : juste après Reims, les plus enragés étaient, dans l'ordre, Valls, Rebsamen et Peillon. Elle, elle avait juste demandé qu'on revote dans les coins litigieux, comme Badinter l'avait proposé...
Bon, et puis pourquoi je me mets la rate au court-bouillon ? Parce que j'ai toujours voté PS ?
Il n'est jamais trop tard pour changer.
PS : Aubry puis DSK, tu ne te sens pas un peu gêné, là ? C'est vraiment un homme de gauche, DSK ?

Posté par estelle92, 24 novembre 2009 à 13:14

SR une signataire parmi bien d'autres ?
T'as dû sacrément avoir les chocottes au 2ème tour pour le poste de Premier secrétaire !
Et quand bien même tu aurais raison : il y a des camarades qui sont moins égaux que d'autres ? Vive Orwell !!!
Bravo la démocratie, "jeune social démocrate ouvert sur le monde" (heu, c'est pas un peu prétentieux, ça ?).
Allez, je tire l'échelle et je vous laisse à vos haines rancies et à vos petites réflexions d'apparatchiks au petit pied.

Posté par estelle92, 24 novembre 2009 à 13:19

Estelle,

L'interlocuteur d'EAG au Parti Socialiste s'appelle Vincent Peillon pas Ségolène Royal donc c'est son courant. Que le veuilles ou non.
"Aubry puis DSK"? Je ne comprends pas de quoi tu parles. Je suis aubryste mais je considère DSK comme un très grand socialiste bien plus à gauche que notre ancienne candidate.
Et SR était 60e sur la liste de la motion E donc loin des premières places. Donc en effet, c'est une militante comme une autre d'EAG. Et c'est elle qui a voulu cette place. Ce n'est pas Peillon qui lui a demandé d'être à cette place. De fait, elle n'a aucun pouvoir légal sur ce courant.
Tu vois ça c'est le problème de Royal. Elle n'en a rien à foutre de la démocratie interne du PS préférant son association Désirs d'Avenir. Sa désinvolture lui fait faire des conneries. Car elle aurait du prendre le leadership du courant au lieu de le laisser à ses lieutenants. Bref, toute cette histoire n'est que la résultante des décisions mauvaises de Ségolène Royal.

Posté par abadinte, 24 novembre 2009 à 17:13

Pour mémoire

Un strauss-kahnien décryptait alors: "Il cherche à faire une OPA sur le courant Royal, c'est clair."
http://www.lepost.fr/article/2009/11/19/1799893_quand-vincent-peillon-chechait-a-faire-une-opa-sur-le-courant-royal-pour-preparer-2012_1_0_1.html

Posté par vladana, 24 novembre 2009 à 19:21

j'aime beaucoup l'édit de l'équipe politique du Post.

Posté par abadinte, 25 novembre 2009 à 01:32

On est d'accord, Abadinte, SR a fait une faute politique lourde en ne s'investissant pas, et elle n'a pas fini d'en payer le prix.
Mais tu reconnais toi-même qu'elle fait partie d'EAG, alors pourquoi l'ostraciser ? En quoi n'aurait-elle pas le droit de demander un vote ?
Et quand tu dis qu'elle n'a aucun pouvoir "légal" sur ce courant, ça veut dire quoi ? Y a des statuts "légaux" dans les courants du PS, maintenant ? Où on va, là ?
Et reste quand même que moi je suis invitée au titre d'EAG pour découvrir que VP lance un "rassemblement" avec le Modem et EE. Et il n'y aura aucun vote pour savoir si on est d'accord ?
In fine, j'ai dans l'idée que VP roule pour DSK et Rebs pour Hollande : et nous là dedans, on ne nous demande pas notre avis ?

Posté par estelle92, 25 novembre 2009 à 04:45

Estelle,
D'après ce que j'ai compris, tu as voté pour l'alliance Modem et EE en signant et votant la motion E. A priori, tu es d'accord à moins que tu n'as pas lu le texte que tu as signé.

Les courants sont plus ou moins structurés comme je le disais dans mon article. L'Espoir à gauche est bel et bien une association : http://www.espoir-a-gauche.fr/mentions-legales/delia-CMS/page/topic_id-36/
Donc il y a une question de droit.

Ha et Peillon rouler pour DSK, vu la façon dont il avait qualifié en 2006 la candidature de DSK, c'est un peu méconnaître certaines personnes qui ont la mémoire longue.

Posté par abadinte, 25 novembre 2009 à 08:35

Me permets de vous proposer ceci:

http://lamauragne.blog.lemonde.fr/2009/11/19/qui-parle-des-debats-qui-ont-reellement-eu-lieu-a-dijon-le-week-end-dernier/

Bien cordialement,

jf.

Posté par Jacques, 26 novembre 2009 à 11:59

abadinte,

vous en êtes toujours au même point: les querelles de personnes comme unique intérêt et rien sur le fond; quelle tristesse pour vos lecteurs occasionnels.

Posté par yh, 29 novembre 2009 à 14:23

Ben alors, Abadinte, si tu avais lu le Nicolas Barotte/Sandrine Rigaud paru fin 2008,tu verrais que mon hypothèse est moins idiote qu'il n'y paraît à première vue : le parcours politique de certains quadras au sein du PS est, disons, sinueux !

Posté par estelle92, 29 novembre 2009 à 20:38

Estelle, le parcours de tous les socialistes est plus ou moins sinueux. Comment expliquer qu'une politique qui commence mitterrandienne passe par la case Delors pour s'allier au NPS pour devenir candidate?
Comment expliquer qu'un type qui commence au Ceres de Chevênement, termine chantre de la social-démocratie?
La sinuosité en politique est assez normal.

Posté par abadinte, 30 novembre 2009 à 09:33

yh, je te propose de lire ça : http://abadinte.canalblog.com/archives/2009/09/10/15020896.html

Posté par abadinte, 30 novembre 2009 à 09:41

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