Blog d'un jeune social-démocrate ouvert sur le monde

Blog d'un social-démocrate vivant à Paris.

15 avril 2010

Quel rôle ont les médias dans les tensions sociales?

C'est un débat sans fin. Sont-ils spectateurs des événements qui se déroulent et ils ne font que les rapporter ou leur présence incite-elle les véritables acteurs à surpasser leur action afin d'être sûr d'avoir une couverture médiatique?

Pour certains, être vu et médiatisé est une question de survie. Je pense notamment aux ouvriers dans les usines qui ferment soit parce que l'entreprise est soupçonné de fraude et dépose le bilan comme ceux de la société Poly Implant Prothèses, soit parce que l'usine a décidé d'envoyer les machines outils en Chine, Slovaquie ou Maroc comme la société Molex. Mais pour être vu et médiatisé, il faut que les journalistes se déplacent. Et pour que les journalistes se déplacent, il faut qu'ils puissent convaincre leur rédacteur en chef que l'histoire sera bonne. Et pour que l'histoire soit bonne, il faut que ça change de la manif à papa où l'on défile de l'usine à la préfecture/mairie/place de la Liberté. Bref, il faut du sang : polluer une rivière comme chez Daewoo, séquestrer le patron comme chez Sullair, menacer de brûler les moyens de production comme les New Fabris voire l'usine comme Poly Implant Prothèses. Car que se passe-t-il s'il ne le font pas? Les patrons se barrent, ils se retrouvent à la rue. A 50 ans passés, impossible pour eux de retrouver un emploi alors pour pouvoir négocier un bon de sortie avec quelques zéros à la clés, ils sont obligés de sortir de la loi et de menacer. Ils sont obligés de faire venir les médias pour mettre la pression sur les patrons qui veulent par-dessus tout ne pas faire de vague lors d'un plan de licenciement.

Sans moyens financiers face à de grands groupes qui brassent des millions, la pression médiatique est leur seule arme. Et cette pression médiatique, ils ne peuvent l'obtenir qu'avec l'intensification de la pression sociale. Or cette pression sociale a des conséquences néfastes globalement. Si, d'un point de vue micro-économique, les salariés obtiennent de fortes indemnisations, globalement l'image donné aux salariés est exécrable. Car de quoi se souviendront les Français qui ne côtoient pas d'ouvriers? La chienlit ouvrière veut pendre les patrons avec leur boyaux? La chienlit veut polluer nos rivières? La chienlit déteste tellement leurs travaux qu'ils sont prêts à brûler leurs outils? Et que feront les Français? Ils risquent de faire comme en 2007 où ils ont voté contre les empêcheurs de tourner en rond de banlieue et lycéens et voter pour la continuité. Ils risquent de faire comme en 2002 où ils ont voté contre les deux voyous incendiaires de papy Voise.

Alors les journaux sont-ils à la solde du grand patronat? Oui et non. Si la plupart des journaux sont détenus par des grands groupes ou de grandes fortunes, ce n'est pas pour autant qu'ils écrivent à droite. Leur problème est avant tout pécuniaire. Pour gagner leur vie, ils doivent vendre des journaux et donc reporter l'information qui fera vendre. Une manifestation des femmes de Moulinex aura moins d'impact qu'une séquestration. Leur but n'est pas de transformer les Français en électeur de droite mais de se faire de l'argent en vendant du sensationnel. Car aujourd'hui, c'est ce qui sort de l'ordinaire qui fait vendre, la réflexion, les opinions, les débats beaucoup moins. Quand un Français achète un journal, il veut un sujet de conversation pour la cafet' et la cantine. Débattre sur la possibilité que les journalistes dans une économie capitaliste exacerbent les tensions sociales ne risquerait pas de devenir un succès ni la marche de 200 ouvriers dans les rues de Bar-le-Duc alors qu'une séquestration.

Là est l'enjeu des futurs mouvements sociaux : faire venir les médias sans entrer dans la spirale négative de la violence tout en faisant des images qui pourront être vues dans les médias. En fait, il faut continuer dans la lignée des happenings de Jeudi Noir ou Sauvons les Riches... Ce sont eux qui ont la solution face à cette triste époque.

Les commentaires sont désactivés, vous pouvez désormais commenter cet article sur mon nouveau blog

Posté par abadinte à 10:03 - Politique française - Permalien [#]
Partager sur Facebook
Votez pour cet article
 
>