Lettre à Fabien-Pierre Nicolas
Fabien-Pierre, je t'écris car aujourd'hui rien ne va plus entre nous. Au soir de la défaite de Ségolène Royal au second tour des présidentielles, je me suis laissé croire qu'une véritable autocritique serait faite. Lorsque Lionel Jospin est parti après son insuccès, il a bien fait comprendre qu'il ne voulait plus concourrir. Et il te l'a confirmé en te confiant qu'il serait utile autrement. Mais il semblerait que tu aies du mal avec la façon dont il estime être utile. Il estime être utile en disant tout ce qu'il pense de Ségolène Royal. Bien entendu, ça ne te plaît pas mais ne vois-tu pas l'utilité de Lionel Jospin? Ne vois-tu pas le bien fou qu'il nous fait? Ne vois-tu pas qu'il dit ce que tant de gens pensent de Ségolène Royal?
Tu as de la chance Fabien-Pierre, tu es très bien placé dans le Libé entre notre camarade Valls, l'homme qui soutient Sarkozy sur les quotas d'immigrés et Ségolène Royal contre ce même Sarkozy et une féministe citoyenne qui a voté pour notre candidate. Ces deux-là ont voté Royal et pourtant ils sont totalement différents. Le premier était enthousiaste et il a laissé tomber Lionel Jospin dès qu'il le put, la seconde n'a pas voté Royal, elle a voté contre Sarkozy. Et c'est cette femme, Caroline Fourest, qui te donne la réponse à toutes tes récriminations. Ségolène Royal a trahi les femmes en faisant de son féminisme une arme électoraliste car il était « venu le temps des femmes ». Cette phrase, j'ai appris à la haïr. Je suis féministe mais certainement pas comme Royal. La définition de Caroline Fourest me convient parfaitement: je souhaite déconstruire l'incitation sociale au masculin et au féminin pour obtenir l'égalité dans le droit à l'indifférence. Le temps des femmes est une aussi grosse injure que la journée de la femme ou dire que certains métiers ne devraient être réservés qu'aux hommes. La femme est un homme comme un autre et Ségolène Royal n'aurait jamais du être candidate parce que sa qualité première c'était d'être femme. La seule qualité qui aurait du nous conduire à désigner notre candidat était sa capacité de diriger la France. Et quand on lit le réquisitoire contre Ségolène Royal de Lionel Jospin, le doute n'est pas permis. Ségolène Royal n'était pas capable de diriger le pays.
Et la réponse de Ségolène Royal à ses détracteurs et surtout à Lionel Jospin est confondante pour elle. . En effet, Ségolène Royal prouve par sa réponse que toute la critique de Lionel Jospin est fondée sur une réalité cruelle: la vacuité politique de cette femme. S'en remettre à Dieu et au « féminisme victimaire » dépeint par Caroline Fourest montrent clairement le manque fondamental de discours politique. Et c'est bien le problème de Ségolène Royal, elle ne tient pas de discours politiques, elle ne parle pas de désirs d'avenir car son association n'est qu'une boîte de comm' duquel jamais un avenir n'est sorti.
Vois-tu Fabien-Pierre Nicolas, quelque chose s'est cassé entre nous. Ségolène Royal est cette félure.